Fiscalité : d’abord un besoin de justice

Le ras le bol fiscal est une des données fortes du mouvement dit des Gilets jaunes. Il se combine en un cocktail explosif avec toutes les colères sur le pouvoir d’achat, l’insécurité sociale, la précarité, les bas salaires, l’enclavement des populations rurales contraintes à rouler en voiture, la déliquescence des services publics, le coût de la vie, la peur du déclassement ou l’écologie punitive.

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C’est parce qu’il se combine à tout le reste dans un contexte où par ailleurs le Président des riches a commencé sa mandature par des cadeaux fiscaux ineptes aux plus riches que ce ras-le-bol s’exprime si fortement. Comme une étincelle, la taxe carbone a servi de catalyseur à une colère sociale, une désespérance politique.

Evidemment ce ras-le-bol est exploité politiquement par la fille Le Pen qui enfourche là une des vieilles rengaines de l’extrême-droite, tout comme elle sait surfer depuis quelques années sur des thématiques sociales. Pour autant, la question de la justice fiscale vaut bien d’être posée, si l’on en juge par l’enquête Ipsos parue ces derniers jours qui révèle qu’une courte majorité des personnes interrogées (54 %, en baisse de 3 points en trois ans) pour juger que le paiement de l’impôt est un « acte citoyen » au service de l’intérêt général.

Ce qui est en jeu dans ce ras-le-bol, c’est le consentement à l’impôt qui est un des fondements de notre République. Et c’est d’autant plus un paradoxe que dans un peu plus d’un mois sera mis en service le prélèvement à la source. Dans un tel contexte, cette réforme inutile en termes d’efficacité dans la collecte des impôts, risque de faire basculer une plus large part de la société dans ce ras-le-bol fiscal. Au risque de tout mettre dans le même sac et jeter le bébé avec l’eau du bain.

Notre pays a bel et bien besoin de réformer sa fiscalité en profondeur pour plus de justice.
Il faut renforcer et favoriser la progressivité des impôts (en fonction des ressources des contribuables), renforcer la place de l’impôt sur le revenu, notamment en augmentant les taux pour les plus hauts revenus et en réduisant les niches fiscales, afin d’en faire un grand impôt citoyen, qui serait le socle du système fiscal. Et il faut aussi réduire la part des impôts proportionnels comme la TVA. On ne dira jamais assez combien elle est injuste puisqu’elle frappe indistinctement les ménages et que son poids est inversement proportionnel aux revenus perçus.

Il faut donc, entre autres, réduire le poids de la TVA en baissant le taux normal de 20 à 15%, et en supprimant la TVA sur les produits de première nécessité. Il faut aussi engager une vraie réforme de la fiscalité locale, elle aussi totalement obsolète dans ses bases de calculs et injuste. Des prélèvements justes, socialement et économiquement efficaces c’est ça l’urgence.

Mais cela passe aussi par une administration fiscale en capacité de faire son travail et notamment de lutter contre la fraude qui est devenue insupportable en regard des sacrifices exigés du plus grand nombre.

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