JUSTICE SOCIALE

Selon que vous serez puissant ou misérable…

À l’occasion des mobilisations sociales contre le projet devenu « Loi Travail », diverses formes d’actions ont été mises en place : pétitions, rassemblements, tractages devant les entreprises ou sur les marchés, arrêts de travail, manifestations, etc.
Ces formes d’actions « traditionnelles » se sont conjuguées avec d’autres, plus symboliques, plus médiatiques aussi afin d’attirer l’attention de l’ensemble du monde du travail sur la régression sociale en marche.
Deux militants de la CGT de la ville de Paris font actuellement l’objet de sanctions dans ce cadre et risque de payer très cher une initiative d’action originale qui s’inscrivait dans le cadre d’une action collective et qui n’a donné lieu à aucune mise en danger de personnes, de biens ou quelques dégradations que ce soit. Leur faute : avoir voulu déverser des ordures devant le siège du mouvement macroniste. Ils ont été stoppés avant. Rien n’a eu lieu.
Suite à la plainte déposée, ils ont été condamnés à 70 heures de travaux d’intérêt général, soit une condamnation mesurée au regard du chef d’accusation (ils risquaient jusqu’à 5 ans d’emprisonnement) car le tribunal a tenu compte du contexte particulier des faits : une action syndicale collective.
Néanmoins, la CGT dénonce cette justice à deux niveaux qui, selon que l’on soit un patron agriculteur ou employé municipal, n’ouvre pas aux mêmes poursuites ni aux mêmes condamnations. Chacun a en mémoire les images de déversement de fumier devant des préfectures, des mairies, des administrations publiques, etc. Là : aucune sanction, aucune peine. Par contre, lorsque c’est le siège du mouvement présidentiel qui est visé (propriété privée) par des salariés de la Fonction publique en lutte, il en est tout autrement !
Que dire aussi des deux poids deux mesures des sanctions disciplinaires ? Lorsqu’un certain personnage agresse des manifestants, il écope de 10 jours de mise à pied – en vérité, la suppression de 10 jours de congés, sans impact sur sa paie, sa carrière, sa retraite, etc. Mais, pour nos deux camarades, c’est la tête sur le billot ! La secrétaire de mairie a prononcé à leur encontre une sanction d’une sévérité extrême : mise en retraite d’office à compter du mois de novembre prochain. Cela a comme conséquences une retraite diminuée à 700 euros pour l’un, après 26 ans de carrière, et à 1000 euros pour l’autre, après 37 ans de carrière et, ce, à moins de 6 mois de son départ.
La décision finale revient maintenant au maire de Paris, Anne Hidalgo.
La CGT, au niveau de sa confédération, l’invite à retenir le caractère spécifique des faits et du contexte dans lesquels ils se sont produits. Nous demandons que les sanctions administratives à l’encontre de nos deux camarades soient levées.
Il n’y a pas de justice sans justice sociale.

MULTILATÉRALE HAUT-COMMISSARIAT AUX RETRAITES DU 10 OCTOBRE 2018

Quand c’est flou… c’est qu’il y a un loup !

Le haut-commissaire aux retraites a réuni les organisations syndicales de salariés et d’employeurs le 10 octobre pour un bilan de la 1ère phase de concertation sur la réforme systémique des retraites.
Face aux risques que comporte une réforme aussi radicale, en particulier, pour les salariés les plus fragiles (carrières hachées, CDD, temps incomplet de nombreuses femmes salariées, etc.), le gouvernement allonge les délais et recule la présentation du projet de loi à juin 2019, après les échéances électorales.
Il a présenté un cadre qui reste très flou destiné avant tout à rassurer. La majorité des citoyens n’est, en effet, pas dupe des risques de baisse des pensions pour toutes et tous.
Les mécanismes de redistribution et de solidarité sont tous remis en cause, ce qui vise en premier lieu les salariés du secteur privé. Il y a tout lieu de craindre que les nouveaux mécanismes de solidarité que le haut-commissariat envisage de reconstruire soient plus restreints, plus ciblés, plus individualisés, avec des économies réalisées sur le dos des plus fragilisés.
Cette perspective de régime unique conduirait à la disparition des régimes des fonctionnaires et des régimes spéciaux et, en conséquence, à la remise en cause des statuts d’agents publics et de fonctionnaires. De même, les retraites complémentaires disparaîtraient.
Aucune perspective de gouvernance démocratique du système de retraite n’a été évoquée par le haut-commissariat.
En affichant le maintien du niveau de cotisation (28 %) et de l’âge d’ouverture du droit à retraite (62 ans), le gouvernement veut faire croire que le nouveau système maintiendra le niveau de pension et l’âge de départ, avec un supplément de transparence.
Il n’en est rien.
Si par exemple on applique les règles de la retraite complémentaire actuelle en points (Arrco-Agirc) à la totalité du salaire, une pension de 1600 euros passerait à 1000 euros. Le gouvernement doit sortir du flou.
Le système en point ne permet d’évaluer la pension qu’à la veille de la retraite. Il prend en compte la totalité de la carrière et pas les meilleures années (privé) ou la fin de carrière (public). La solidarité ne consistera qu’en points supplémentaires dont rien ne garantit qu’ils seront au niveau du salaire antérieur (maladie chômage, maternité, etc.).
Pour la CGT, les priorités sont : quel montant de pension et à quel âge ? Points sur lesquels le projet ne dit rien et n’apporte aucune garantie.
La CGT réaffirme son opposition à ce projet et portera des propositions pour améliorer les droits de toutes et tous.